Les Alévis : « Nous sommes laïcs, républicains et écologistes »

Dans le cadre de la célébration du 25e anniversaire du Centre culturel Alévis (CCA) Rhône-Alpes, dont le siège est à Limas, les Alévis, issus de l’immigration turque, se sont réunis samedi 22 février. Trois responsables parisiens étaient présents. L’objectif ? Se faire mieux connaître.

«  Nous sommes les militants d’une cause laïque, pourtant porteurs d’une croyance, d’une philosophie, d’un mode de vie et d’une culture. » Héritiers d’une pensée très ancienne qui tire sa richesse des peuples de Mésopotamie et d’Anatolie, les Alévis veulent maintenant se faire connaître et reconnaître

«  Je suis la première génération à venir m’exprimer ainsi devant vous en Français ! », a lancé avec ferveur Suleyman Akguc, responsable de la diplomatie à l’Union des Alévis de France. Il est venu spécialement de Paris présider la rencontre organisée à l’occasion du 25e anniversaire du Centre culturel Alévis (CCA) Rhône-Alpes, à Limas, le samedi 22 février. «  Nous ne sommes pas une branche modérée de l’Islam et nous n’avons pas besoin de mosquée ! L’important, pour nous ? Entrer en communion avec ceux et ce qui nous entourent : nos concitoyens et la nature  »

Des participations citoyennes

Les militants présents ne cachent pas leur orientation politique : «  Nous sommes aux côtés des forces de gauche  » Cette génération de Turcs arrivée autour des années 1980 veut maintenant participer à la vie publique pour transmettre ses valeurs et faire tomber les clivages.

C’est aussi le message qu’a voulu faire passer Stéphan Sankaynagi, président du CCA Rhône-Alpes : «  Je suis enfant d’immigrés, né en 1975, avec une culture alévie, dans la culture française. Ça fait un joli mélange ! » Après avoir rappelé les massacres dont ont été victimes les Alévis en Turquie parce qu’ils ne respectaient pas tous les dogmes de l’Islam, le président a resitué les actions locales : « Après l’inauguration du local ici, à Limas, en 2014, nous avons participé à de nombreuses manifestations culturelles ou sociales, dont, entre autres, la fête de la Fraternité. Nous sommes nombreux dans l’Agglomération et dans le Beaujolais  »

En guise de conclusion, il a chanté en s’accompagnant au Saz. Une façon de remplacer le Coran par de la musique, dans une tradition orale qui se bat, aujourd’hui, contre l’extrémisme.

EN CHIFFRES

1998 : Création de la FUAF
300 000 : nombre d’Alevis en France
100 : nombre d’adhérents actifs au Centre culturel Alevis Rhône-Alpes.

Oya Yerlikaya, vice-présidente de l’Union des femmes Alévis de France, créée en 2017, a présenté le rôle éminent des femmes dans ce courant de pensée qui prône une égalité non reconnue par l’Islam traditionnel : « En Turquie, 80 % des femmes qui sont engagées sont des Alévis. Et en France, les Alévis s’engagent politiquement. Elles participent aussi de plus en plus à la vie associative pour défendre le droit des femmes et les inciter à faire leur devoir civique ». Un discours résolument engagé, prononcé par une femme qui n’hésite pas à dire qu’il faut « briser la domination masculine ». Et quand le président Akguc reprend la parole, c’est pour rappeler que la FUAF (Fédération union des Alévis de France) se mobilise lors de « la journée contre les violences faites aux femmes » et le 8 mars, journée de la femme. Cette insistance, on le sent bien, est pédagogique. Les Alevis ont un message à faire passer, partagés qu’ils sont entre leur appartenance à une culture parfois stigmatisée et leur désir de se faire connaître comme association « laïque et républicaine ».

Les Alévis veulent combattre l’intégrisme

Très présents par le biais de l’immigration, les Alévis sont peu connus chez nous. Alors pourquoi cette volonté de s’affirmer ? « Nous voyons des jeunes, autour de nous, se radicaliser : c’est insupportable ! », s’est exclamé Suleyman Akguc, responsable de la diplomatie à l’Union des Alévis de France. Il a présenté, lors du 25e anniversaire du Centre Culturel Alévi Rhône-Alpes, le 22 février, le combat contre l’intégrisme comme une priorité. Autres défis à relever pour les Alévis : imposer l’égalité entre les hommes et les femmes et pratiquer l’écocitoyenneté.